Filmer en mer 

l'île de Molène 

Qui voit Molène, voit sa peine... 

  

.... Qui voit Ouessant, voit son sang, qui voit Sein, voit sa fin (dicton breton) ! 

Dans ces cas précis, ce n’est vraiment pas faux. Ces trois îles sont vraiment difficiles d’accès, 

et comme dit plus haut : « il faut connaître » ! Nous ne verrons aucune « peine » lors de nos trois jours dans les cailloux, juste un phoque et des Grands Dauphins ! Ici, c’est déjà un peu le bout du bout du monde. L’homme n’y a plus vraiment sa place, même si quelques habitants s’y accrochent et ne voudraient en aucun cas vivre ailleurs. En tout cas, impossible d’être insensible au charme si particulier du lieu. Molène, on aime et on y retournera » ! 

Un petit biquille de 9 mètres 

Le Bilan 

  

Naviguer quatre mois, c’est enfin être « zen » quand on est bloqué plusieurs jours. On sait bien que sur la durée, cela n’a plus grand importance. La vie en mer nous oblige à séparer l’essentiel du superflu. À l’exception des frais du voilier (importants), on dépense très peu sur un bateau, car l’essentiel y est déjà.  

C’est le retour à terre qui fait bizarre. Cela commence par le changement de costume : troquer sa tenue « de mer » contre des habits « de ville » donne pendant quelques minutes l’impression d’être déguisé. Mais la vie à terre a ses qualités et dans neuf mois, nous retrouverons notre voilier. Celui-ci a parfaitement réussi sa mission et je ne puis que confirmer qu’un biquille de 9 mètres est idéal pour circuler en Bretagne. 

Pour voir celà, 9 mètres suffisent, voire moins! 

Le syndrome du mètre de plus 

  

Tous les marins le connaissent. C’est le fait de rêver d’un bateau « juste un peu plus grand » que celui que l’on a. Pour nous, aucun souci : 9 mètres, c’est l’exacte bonne longueur par rapport à notre cahier des charges. Mais il arrive que l’on songe à autre chose. Par deux fois, nous serons confrontés à de « vrais » hauturiers, c’est à dire à des bateaux invitant aux grands voyages. En visitant le premier, je ne vois plus Chaussey ou Bréhat, mais les Canaries ou les Açores ! Je ne puis m’empêcher de me dire « et si... ». Mais nous avons mis deux ans pour élaborer notre projet de vie. Ce projet est devenu réalité et nous plait. Cependant on a beau dire, c’est bon de parfois pouvoir rêver un peu... 

Il y avait bien assez de place! 

L'esprit mouton 

  

On a beau s’en défendre, on se laisse toujours avoir. Nous sommes par exemple en avance sur l’heure d’ouverture de l’écluse de Paimpol. Pas de soucis, il y a encore de la distance à parcourir. 

Nous freinons l’allure, puis freinons encore. Dans la montée vers le port, je constate que deux voiliers font de même. Nous sommes dans les temps, tout va bien. Mais un bateau moteur nous dépasse, puis un autre, puis encore un autre, puis un voilier... Je ne peux m’empêcher de monter la vitesse pour suivre la file. Nous voilà tout un groupe à avancer à la même allure. C’est beaucoup trop rapide et ce que je prévois arrive. Nous sommes devant la porte beaucoup trop tôt. Comme il n’y a aucun amarrage possible et l’espace est étroit. Nous voilà tous à faire des ronds dans l’eau en un lieu où les courants sont bien présents ! L’écluse est grande, nous y entrerons tous sans difficulté à l’heure dite. Si j’avais gardé ma vitesse d’escargot, je me serais amarré strictement à la même heure, mais en évitant de faire le cirque une grosse vingtaine de minutes ! 

Chaussey, une émotion à l'état pure 

Chausey 

  

Si vous demandez à un marin breton du Nord, ce qu’il faut absolument visiter, il vous citera peut-être (après quelques verres) Chausey, mais là, vous le stopperez net. Chausey est en effet territoire Normand (donc ennemi) ! Ce tas de cailloux a d’ailleurs une particularité : il est interdit d’y mouiller si on est un navire étranger. La cause ? Chausey n’a pas de douane officielle ! En fait, il y a une tolérance, mais les contrôles par douanes volantes sont assez nombreux dans le coin. D’après ce que j’ai pu comprendre, la douane ne fait pas que de la figuration et essaie sérieusement d’enrayer notamment des trafics de drogue. Il y a souvent beaucoup de monde au mouillage et cela se comprend. Par le fait des marées, une seule île est habitable, les autres sont totalement protégés de la présence de l’homme. Ces morceaux de nature à l’état pur dégagent une atmosphère assez exceptionnelle. Mais pour nous, ce sera cette fois-ci juste l’escale d’une seule nuit. La météo nous incite à quitter les lieux si on veut dormir correctement après le prochain coucher de soleil 

Toutou ne pouvant pas voyager en Angleterre 

Les Anglais 

  

Heureusement qu’ils étaient là, ceux-là, car sinon, on ce serait un peu ennuyé. Dans des périodes comme juin, on voit encore assez peu de Français sur les pontons. Ceux qui se baladent préfèrent parfois les mouillages. Résultat, on s’est à plusieurs reprises retrouvé qu’avec des Britanniques et on s’est bien amusé. D’abord, ils ont de beaux bateaux. La tradition veut qu’un Anglais garde son navire toute sa vie et l’entretretienne admirablement bien. J’en connais un qui se fait fabriquer ses vis en bronze et sur mesure en Angleterre pour son vieux gréement ! Ensuite, en tout cas pour ceux qui traversent le « Channel », ils sont de bons marins. Ils connaissent également parfaitement la météo, ce qui est pratique quand on a besoin d’un petit conseil pour préparer sa route. Enfin, l’humour britannique est très présent dans les équipages et nous, ça on ne s’en lasse pas ! Seul défaut de ce peuple admirable : ne pas admettre les chiens sur leur sol ! Mon cocker (pourtant anglais) est interdit de séjour sur toute terre anglo-saxonne et c’est bien ennuyeux (en fait, il est possible de passer un chien en Angleterre, mais c’est très compliqué). 

Le granit rose de Bréhat 

Le mouillage de La Corderie (Bréhat) 

La douane, ici devant l'île aux Moines 

"Les oiseaux", version Sept-Îles! 

L'île de Bréhat 

  

Si vous demandez à un marin breton du Nord, ce qu’il faut absolument visiter, il vous citera immanquablement l’île de Bréhat dans sa liste, tout en ajoutant à voix basse : « mais il faut connaître », surtout si vous ne prenez pas le mouillage « officiel » de La Chambre, mais que vous vous glissez derrière, à La Corderie. Là, en effet, il faut connaître, pas tant pour entrer dans le mouillage lui-même, que pour aller à terre avec son annexe. La Corderie, c’est une vasière. Quand vous posez le pied au sol, vous le ressortez sans la botte qui est aspirée par la vase. Les quelques lieux où il serait possible de débarquer sont tous signalés par un panneau « PRIVE » qui vous fait comprendre qu’il faut aller voir ailleurs. Après quelques recherches, nous trouvons une petite plage de sable où il est possible de débarquer sans voir sa vie se terminer comme dans un film d’horreur, englouti par les éléments. À partir de là et pour autant que l’on évite les hordes de touristes, Bréhat, ça le fait ! Ma préférence va cependant pour le Nord et ses magnifiques rochers de granit rose. Petite subtilité pour l’avitaillement en légumes : il y a sur l'île un maraîcher qui expose ses produits sur des étales avec une simple tirelire. Vous prenez ce dont vous avez besoin et vous mettez les sous à l’endroit prévu pour cela, c’est tout ! 

Tiens, v'là la douane! 

  

On est habitué. Notre pavillon helvétique les attire comme un aimant. Ce jours-ci, il s’agira d’un simple contrôle oral de bateau à bateau : « d’où venez-vous, où allez-vous, combien de personnes à bord ? ». Ni « bonjour », ni « au revoir », ni « bon vent ». On est plutôt « service-service » aux douanes (en fait, pas tous, il y en a aussi de très sympas). Bref, c’était la douane ! 

 

 

   

Les Sept Îles 

  

Si vous demandez à un marin breton du Nord, ce qu’il faut absolument visiter, il vous citera immanquablement les Sept-Îles dans sa liste, tout en ajoutant à voix basse : « mais il faut connaître ». Traduisez : « ce n’est pas pour toi, breton du dimanche » ! En fait, il suffit d’attendre que toutes les conditions météo idéales soient réunies, ce qui n’arrive bien entendu jamais, même dans les meilleurs rêves ! Malgré cela, nous avons décidé de tenter notre chance. Départ avec vent contre courant et bateau qui se prend pour une machine à laver. Deux heures de shaker plus tard, nous voici pile à l’étale (heure où la marée s’inverse) devant l’île aux Moines. Le ciel se dégage, la mer s’aplatit, nous entrons dans le sanctuaire. En ce lieu, il y a deux points d’intérêt : les phoques et les oiseaux. Les premiers 

seront aux abonnés absents, mais les seconds... Nous voyons sur l’île Rouzic un sommet enneigé. Ce sont en fait nos oiseaux. Des milliers d’oiseaux à en faire baver Hitchcock. Ce que nous avons sous les yeux serait digne du Maître et de son film... « Les Oiseaux ». Sauf qu’ici, les volatiles sont parfaitement inoffensifs ! C’est absolument magnifique. Mais le courant revient et nous devons continuer notre route. C’est par vent arrière et au génois seul que nous quittons ce merveilleux endroit pour nous diriger sur Perros-Guirec. 

Un cocker qui n'aime pas attendre! 

Où il est urgent... d'attendre! 

  

Le départ était prévu un lundi, nous quitterons le quai le samedi suivant.  

La mer a ses lois qu’il faut respecter. Là, les conditions météo sont vraiment trop défavorables. 

Pour nous, cela ne pose pas de problème majeur, car l’attente du départ n’est pas vraiment une gêne, il y a assez de choses à faire sur le bateau et cette notion fait partie de notre vie de marin. 

Mais c’est bien cette attente qui rend la voile de moins en moins attractive pour beaucoup de gens. Notre société minutée impose des horaires stricts totalement incompatibles avec le milieu de la mer. C’est pourtant cette attente qui nous redonne la vraie mesure du temps naturel, celui pour lequel, au départ, nos organismes biologiques ont été formatés, celui que nous sommes en train de retrouver en vivant sur « Sorc'Henn ». Mais vous savez quoi : quand le soleil est enfin revenu, le samedi, on était contant de quitter le port ! 

C'est comme au cinéma, sauf qu'ici, c'est pour de vrai! 

Sécurité en mer 

  

On ne pouvait pas rater ça, un séminaire de sécurité en mer organisé par des navigateurs de Camaret. 

Ils nous ont sorti la totale : pompiers, représentants du CROSS, Marine nationale, Protection civile, 

on aura même droit à la grosse vedette de sauvetage tous temps et au NH90, comprenez ici un super hélicoptère que même les films américains ils n’ont pas. Et même si le pilote de l’engin ressemble à Tom Cruise (les Ray-Ban en moins), ne vous y fiez pas : ici, ce n’est pas du toc ! Ces gars-là savent de quoi ils parlent, de vrais antihéros qui, sur le terrain, montrent une réelle compétence. Le cours est très bien organisé et se passe dans une ambiance totalement marine. Le public est en effet composé quasiment que de navigateurs, dont certains lors des exercices pratiques n’hésiteront pas à se jeter à l’eau au sens propre. Le hasard fera que, quelques jours plus tard, il me faudra à mon tour appeler le CROSS pour un orin de casier pris dans mon gouvernail. C’est une vedette de la SNSM qui viendra me sortir de là, dans une zone à forts courants. Bref, ce genre de séminaire est extrêmement utile pour toute personne qui veut partir en mer. On se sent un peu moins idiot après et peut-être même un peu plus prudent ! 

Notre experte en confort à bord 

Ce petit bouton fait toute la différence 

Confort à bord 

  

Sachez-le, je ne suis pas du tout un nostalgique du temps où le seul confort à bord se résumait en un seau en plastique pour tous les besoins de la vie quotidienne (testé dans ma jeunesse) ! Le seul élément qui manquait à « Sorc'Henn » était un chauffage digne de ce nom, posé en fin de saison dernière, mais pas testé pour cause de... canicule ! En ce début de navigation, la température est cette fois conforme à la tradition bretonne. Le système à air pulsé installé va se révéler plus efficace que prévu. Son seul défaut au mouillage est qu’il consomme un peu d’électricité (de 14 à 29 Watts en fonction de l’utilisation). Je vais donc devoir faire attention à ma dépense énergétique, le parc de batterie étant assez faible sur le bateau. Pour le reste, nous avons suffisamment optimisé le petit volume de la cabine pour pouvoir vivre sans frustration et sans regret par rapport à notre grand appartement terrestre. Si vraiment on voulait chercher la petite bête, mon épouse dirait qu’une vraie douche ne serait pas de refus. Mais malgré cela, la vie est y est plutôt agréable. 

Les premiers pas vers l’aventure 

  

Une fois encore, la grue soulève délicatement le voilier, lui fait décrire une jolie arabesque par-dessus la digue et le pose délicatement sur l’eau. Pour la première fois, le bateau que j’ai sous les yeux est en totale conformité à celui dont j’avais rêvé. Tous les travaux de reconditionnements sont maintenant terminés. Je tourne avec délice la clé de contact et comme à son habitude, le moteur démarre au quart de tour et fait résonner à mes oreilles le délicieux bruit d’une machine à coudre du siècle dernier. Le machiniste, de ses mains expertes, lâche les amarres et nous commençons à doucement glisser sur le plan d’eau. La manœuvre a été une fois de plus parfaite. Je fais un petit signe amical au grutier. Ce serait une scène parfaite pour un documentaire ayant pour titre : « Comment bien réussir sa mise à l’eau ». Je pousse délicatement la manette des gaz pour prendre de la vitesse et... rien ! Je pousse encore, idem ! Mon bateau entièrement reconditionné proche du neuf avance à la vitesse d’un escargot handicapé physique ! C’est avec peine que j’atteins le premier cataway de libre. En fait, il s’agit juste de la manette des gaz, neuve, qui n’est pas réglée correctement. 

  

Nous retrouvons nos marques dans le beau bateau, sauf que la cuve à eaux noires se bouche méchant ! Impossible de faire quoi que ce soit. Le mécanicien pose un verdict définitif : « Ces machins, ça ne fonctionne jamais ! » et crée direct une dérivation qui met hors service la fautive. Je la démontrai et nettoierai à temps perdu, mais je veux la remettre en état. En attendant, nos w.c. sont à nouveau utilisables. Heureux les simples d’esprit qui croient encore qu’un voilier n’est pas qu’une suite de travaux à effectuer constamment ! 

Quand revient le printemps 

  

Après le dessus, c’est le dessous de la coque qui est reconditionné. 

Grattage complet, pose d’enduits divers, antifouling. Le bateau est maintenant quasi neuf. 

Le moteur a lui aussi subi un lifting. Le chantier naval n’a pas chômé ! À nous l’appel du printemps et cette envie qui nous reprend de nous retrouver sur l’eau et nulle pas ailleurs. 

  

Cette année, c’est une croisière sans calendrier que nous désirons vivre. Le programme, c’est  

« Le Nord », mais sans le choix d’une destination précise. Le but est de vivre sur et avec la mer, rien d’autre ! 

"Sorc'Henn" prêt au départ