Filmer en mer 

Camaret-sur-Mer 

Retrouvailles 

  

Nous quittons notre confort helvétique avec chat et chien. Chacun, à sa façon, retrouve «Sorc’Henn »: Hermione ses coussins, Tartuffe ses tours de pont, Isabelle cette vie au rythme des marées, et moi le plaisir de naviguer. 

l'île de Houat 

l'île de Sein 

Le bilan 

  

Toujours cet état bizarre en fin de croisière. C’est déjà fini et on a l’impression que cela vient de commencer. Il y a à la fois ce désir de partir, car les jours se raccourcissent et la température fraichit, mais aussi cette envie de rester, car il y a encore de belles journées et tant de choses à découvrir. La mer nous ouvre l’esprit, nous fait voir la vie autrement. Dort bien «Sorc'Henn», car l’année prochaine, tu auras de nouveau plein de belles aventures à vivre. 

Retour vers le Nord 

  

Il y a des signes qui ne trompent pas. Le nom d’abord: Penmarch! Cette avancée de terre qui marque la frontière entre la météo de la Manche et celle de l’Atlantique. On sait tout de suite qu’on arrive à Penmarch par l’effet de houle qui se produit à son approche. Les croisières famille et les bateaux de location ont déjà fait demi-tour à Concarneau ou Loctudy. Ceux qui restent savent que devant eux se dresse l’Everest de la mer: le Raz de Sein. Près de l’étrave, un dauphin nous accueille dans un saut digne du fillm «Le Grand Bleu» de Luc Besson. Il fait beau et la lumière est magnifique. C’est vers midi, après un arrêt dans le très joli port d’Audierne, que nous passons l’obstacle. Plusieurs bateaux nous entourent, venus d’on ne sait où et allant vers l’inconnu. Mais ce qui nous réunit à cet instant précis, c’est que nous sommes tous assujettis au même phénomène: le Raz, ça se passe à l’heure, ni avant ni après! 

Les rencontres 

  

Une croisière sans rencontres ne serait pas une croisière. Sur les bateaux habite toute une faune d’individus aux classes sociales diverses et au portemonnaie plus ou moins bien rempli. Mais quasiment tous ont les yeux qui s’allument quand on prononce le mot «mer». Certes, on peut critiquer tel ou tel marin qui navigue comme un débutant ou qui a le caractère mal dégrossi, mais on parle ici d’une minorité qui n’enlève rien au fait que les personnes sur l’eau forment une communauté particulièrement attachante et que nous avons plaisir à fréquenter. Parmi les gens de mer, il y a aussi ces êtres qui sortent de l’ordinaire et dont le parcours de vie est tellement exceptionnel qu’on n’oserait même pas en faire un film, de peur qu’on traite notre histoire d’irréalisme! Sachez-le, on ne part pas sur mer pour fuir quelque chose, mais pour aller à la rencontre de quelqu’un! 

La Rochelle, escale technique 

  

Cette ville magnifique sera notre point ultime vers le Sud. Isabelle doit rentrer une semaine en Suisse retrouver d’autres activités passionnantes. Comme le lieu est bien équipé en prestataires de services pour le nautisme, j’en profite pour effectuer quelques travaux.  

Cela commence par le service du moteur diesel, la rénovation de notre annexe qui a souffert du soleil, le changement de la cuisinière à bout de souffle ou encore le débouchage de la cuve à eaux noires. Même un voilier comme Sorc'Henn reste fragile et a besoin de soins constants.  

Dauphins 

  

Voir des dauphins n’a rien de rare en mer, mais c’est toujours étonnant. Lorsqu’on 

a le privilège de naviguer en pointe Bretagne, on fait parfois la rencontre des plus gros d’entre eux, les tursiops truncatus (cela fait quand même une demi-tonne pour 3 à 4 mètres). Le plus dur, c’est de les prendre en photo. Ils n’ont en effet pas encore l’habitude des selfies! 

D'accord, à la parade de Brest 2016, on n'était pas tout seul! 

En juillet et août, c'est bourré! 

  

Phrase souvent entendue, pas toujours vérifiée! Bon c’est vrai, arriver un premier août, en fin de semaine, dans un spot comme Port Joinville (île d’Yeu) par exemple, ce n’est pas la meilleure idée pour s’isoler du monde! Mais il faut reconnaître une chose: le tourisme nautique s’est bien professionnalisé et même dans les lieux les plus chargés, pour autant parfois qu’on accepte d’être amarré à couple en nième position, cela se passe plutôt pas mal. Les marins aussi se sont éduqués (d’accord, pas tous!), et nous n’aurons pas à nous plaindre d’avoir été mal reçus. 

... et grands voiliers dans une chorégraphie magnifique 

petits (?) vieux gréements... 

Brest 2016 

  

Retour pour nous vers la pointe Bretagne. Nous ne voulons en aucun cas rater Brest 2016 

et sa concentration de grands voiliers historiques. Nous ne serons pas déçus. L’Hermione, le Belem (mon préféré), la Santa-Maria et tous les autres, pour nous, devant nous, et par un temps qui restera au beau fixe sur toute la semaine. Mais si les grosses unités sont impressionnantes, 

l’esprit «vieux gréement» se retrouve presque plus chez les propriétaires des petites unités. 

La passion se lit dans leurs yeux et certains bateaux sont vraiment dans un état exceptionnel. 

Un mouillage à Sercq (Sark) 

D'accord, parfois, en mer, il n'y a pas grand monde (Sark) 

Le Raz, c'est ni avant, ni après! 

On ne peut rester indifférent quand on entre dans leVieux Port de La Rochelle 

Qui voit Sein... 

  

Une chose est sure: l’île de Sein, ça se mérite. Non qu’il soit difficile d’y aller, mais 

ce lieu magique est particulièrement bien protégé par des phénomènes de marées courants et vents souvent impropres à une approche sereine de ce lieu exceptionnel. Mais Sein, c’est vraiment un microcosme qui ne laisse pas indifférent. Ce sera peut-être pour nous, cette année, l’escale la plus marquante. 

Deux grands daupins, tout près de Sein 

Cap au Sud 

  

Il y a des signes qui ne trompent pas: plus on descend, plus c’est chaud, plus c’est facile, plus c’est cher! 

Autre phénomène: les bateaux de locations remplacent petit à petit (mais pas complètement) les voiliers de «baroudeurs des mers». Pourtant, descendre dans le Sud a des avantages: le linge commence enfin à sécher, ce n’est pas forcément moche et on peut même s’imaginer à rêver de baignades! En plus, pour nous, cette route qui nous fera passer par Belle-Île, Houat, Yeu et Ré s’effectuera dans des particulièrement bonnes conditions météo. Dans ces cas-là, on dit merci et on profite! 

Et tout ça pour ça! 

Les Anglos-Normande, un espace étonnant 

  

Il y a la pluie, il y a les courants, il y le... 

Il y a surtout une atmosphère unique et complètement envoûtante. Se promener entre ces îles correspond à vivre un rêve éveillé. Notre premier séjour avec Sorc'Henn sera considéré par l’équipage comme une simple entrée en matière, car pas de doute, nous allons y revenir! 

Ils sont fous, ces îliens! 

  

C’est assez étrange, mais dans cet espace d’eau qui contient les anglo-normandes, rien n’est comme ailleurs, à commencer par certaines règles douanières un peu bizarres. À Chaussey (Française), aucun navire étranger n’est admis, sauf cas de force majeure, sans être passé par le continent (La France) 

où il doit être annoncé à la douane. À Jersey, on vous signale qu’ici, on sait accueillir les visiteurs, pas comme à Guernesey. À Guernesey, on vous tient le même raisonnement, mais dans le sens contraire! 

Jersey et Guernesey ne font pas partie de l’Europe. Sur la première île, on entre assez facilement,  

mais sur la seconde, il faut remplir des formalités d’immigration (très simples) et surtout, déclarer son chat! 

Ce ne sont pas moins de trois douaniers qui ont inspecté à Saint Peter Port le passeport de notre minette et son contenu, ainsi que l’état de propreté de la bestiole et de sa litière! En échange, nous avons reçu pour notre persane un papier officiel nous autorisant à entrer dans tout port sous domination britannique, y compris... l’île de Man, pour autant que notre chère Hermione ne sorte pas de sa cabine! Attention cependant, tout cela s’est fait sur un ton très cordial, teinté d’humour «pur British», qui a un peu transformé ce contrôle en quasi visite amicale! Dernière chose: Sark, elle, est une monarchie sous régime douanier de Guernesey. À Jersey on dit d’elle que c’est carrément le Moyen-Âge. Si c’est vrai, vive le Moyen-Âge! 

Gorey à marée basse 

Nous avons failli casser notre bateau 

  

Nous sommes en phase orageuse depuis plusieurs jours. La météo est difficile à prévoir, mais nous savons que nous devons laisser passer une légère dépression avec vent de Sud-Ouest assez fort. Nous décidons d’attende une amélioration dans le petit port à échouage de Goray (île de Jersey). Il est indiqué comme protégé du vent qui va souffler. Des îliens nous confirment qu’il n’a rien à craindre. Nous posons donc notre bateau et allons nous promener. C’est le soir venu que cela se gâte. Des vagues viennent heurter le voilier. Je vérifie au campas, c’est bien le fort flux du Sud-Ouest annoncé. Nous ne sommes absolument pas protégés. La faute semble-t-il au fait que les bouées visiteurs aient été déplacées. Le bateau pose violemment. Il relève encore plus difficilement à la marée montante. Nous ne pouvons pas nous permettre une nouvelle pose aussi casse-bateau. Le temps est mauvais et mon espoir est que cela se calme avant la prochaine marée. Je propose d’aller patienter un moment à terre, mais il pleut fort et cela secoue. Notre chatte est terrorisée. Isabelle ne veut pas la laisser seule sur le bateau. Nous décidons donc d’attendre un peu. J’entends le gouvernail qui tape. Je sors pour remettre son amarre qui s’est défaite, mais découvre que le bateau a bougé. Un petit coup d’œil à l’étrave m’apprend que l’amarre est rompue. La cardinale Est du port et ses rochers ne sont qu’à quelques mètres. Nous démarrons le moteur et nous dégageons doucement de cette délicate situation. Le temps est mauvais, mais une navigation est possible et nous sommes dans un bon créneau horaire par rapport aux courants. Dépars donc sur Guernesey, d’autant que j’avais déjà préparé l’itinéraire. Nous sommes bien mouillés et secoués, mais notre Biloup est parfaitement à l’aise dans cette mer démontée. Au large, tout devient plus confortable. C’est donc sans encombre que nous entrons quelques heures plus tard dans St-Peter Port.  

Phare de la Corderie, Jersey 

Pour la traversée depuis le continent jusqu’à Jersey, nous sommes pris en charge par un ex-soldat de sa très gracieuse majesté. Il nous prépare une navigation au millimètre et fera route avec nous, puisqu’il suit le même itinéraire. Ses communications à la VHF seront parfaitement académiques, ce qui me permettra de bien le comprendre, malgré mon anglais très rudimentaire. Nous nous quittons bons amis et grâce à lui, je saurai que naviguer dans ce coin nécessite d’être très attentif aux courants multiples. 

Les Héauts de Bréhat 

Vacances de luxe pour un cocker qui le vaut bien! 

Cap sur les Anglos-Normandes 

  

Depuis quatre ans nous en rêvions, mais avec des équipiers à quatre patte, rien n’est simple. Pour la première fois de sa vie, notre cocker ne naviguera pas avec nous pendant trois semaines. 

Les Britanniques n’acceptent pas les chiens (sauf tracasseries administratives épouvantables) et nous confions le nôtre à un «dog-sitter» qui se révélera une pension 5 étoiles pour notre toutou! Le chat, lui, est du voyage, car comme il peut rester enfermé en cabine, les règles sont un peu plus simples (mais néanmoins contraignantes). 

Brouillard, quand la beauté se mélange à la peur 

  

Dès le deuxième jour de notre montée vers le Nord, nous rencontrons un épais brouillard qui persistera 48 heures. La navigation dans ces conditions est assez particulière: il faut avoir un œil sur le radar, le deuxième sur le GPS traceur et le dernier guettant les éventuelles bouées des pêcheurs qui pourraient passer sous la coque et bloquer l’hélice. Notre esprit hésite entre tension et fascination, C’est la première fois que nous entrons dans un moulllage (Port Blanc) en ne voyant que l’esquisse d’un rocher sur notre droite! Mais lorsque sur la route, la brume se dissipera enfin, nous faisant découvrir par grand soleil les Héauts de Bréhat, nous oublierons en quelques secondes l’épreuve que nous venons de vivre. C’est aussi cela, la mer. 

Les préparatifs 

  

Quatre ans que nous possédons notre voilier. Quatre ans, c’est déjà le remplacement du matériel de survie, de la révision du radeau et pour nous bons suisses, renouvellement du permis de navigation avec rapport détaillé de tous les travaux d’entretien effectués! C’est donc un bateau bien réglementaire qui est mis à l’eau en cette fin de mois de mai. Notre programme se découpe cette année en trois parties: la visite des anglo-normandes, les fêtes de Brest, la descente vers La Rochelle.  

"Sorc'Henn" avec sa nouvelle calligraphie en poupe