Filmer en mer 

Où l'équipage prend ses marques 

 

Les premiers pépins sont rapidement oubliés. Le bateau se révèle très facile à manier et nous apprenons vite à faire corps avec lui. Notre voilier est un «taiseux»! il est en effet particulièrement silencieux sous voiles. Peux de grincements, de craquements et autres sons couramment entendus sous d'autres unités. Juste le bruit de l'eau qui parcourt la coque et celui de l'éolienne, qui par son simple son nous donne des indications sur la vitesse du vent. Nous notons les petits changements qu'il s'agira d'apporter: l'immense coffre qu'il faudra absolument compartimenter, peut-être un stick pour la barre, l'écoute de grand voile à revoir... Des détails qui ont leur importance, car ce sont eux qui font que le bateau passera de «bien» à «excellent». 

La pointe de Saint Mathieu 

Et la suite? 

  

Bonne question, qui n’a pas encore sa réponse. 

Notre programme est ultra vague. Nous savons qu’il y a encore quelques travaux à effectuer (pose d’un panneau solaire, installation d’un chauffage, etc.), nous savons que nous repartirons quatre mois et que nous resterons dans le Nord, mais nous nous offrons le luxe de ne pas encore tout planifier. Wait and see... 

On ne peut pas arrêter le temps, 

mais on peut profiter du mouillage ! 

 

Quatre mois à bord, une arnaque? 

  

Au moment où nous sortons le bateau de l’eau, en fin de saison, je me pose sérieusement la question. J’ai l’impression que nous venons de partir et que nous sommes déjà arrivés. C’est pourtant afin d’éviter cette désagréable sensation que nous voulions des croisières plus longues. Mais j’ai refusé de voir la réalité en face. Le temps avance, que cela nous plaise ou non. Plus on vieillit, plus ce qu’il reste de vie se raccourcit, d’où cette impression que le temps passe de plus en plus vite. Je ne résoudrai donc pas cette équation. Quoi qu’on fasse, il y a toujours une échéance qui nous attend. Quoi qu’on fasse, on aura toujours l’impression que cela a à peine commencé que c’est déjà fini.  

L'animalerie de Sorc'Henn! 

Naviguer avec un chien et un chat, est-ce bien raisonnable? 

  

D’abord, ce sont nos animaux de compagnie habituels. Partir quatre mois par ans sans les embarquer n’aurait plus vraiment de sens. Ensuite, ils ne posent aucun problème, si ce n’est l’obligation d’un arrêt «pipi» pour le canin environ toutes les 12 heures. Nos deux bestioles s’acclimateront sans problème à cette nouvelle vie et je les soupçonne de la préférer à la vie à terre. Les animaux sont le plus souvent très bien perçus sur les pontons. Plus d’une fois, notre cocker sera invité à bord de bateaux, les maîtres étant également tolérés pour autant qu’ils se tiennent bien. Le vrai, problème pour nous, va être la navigation en Angleterre. Aucun animal ne peut actuellement débarquer depuis un voilier privé. Il doit impérativement arriver par un moyen de transport «officiel», comme un ferry par exemple (un problème de douanes et de tampons)!  

En prime et sans supplément, le coucher de soleil! 

En croisière 

  

Notre programme de cette saison sera surtout destiné à aménager le bateau, 

inviter de gens et faire des ronds dans l’eau. Mais en équipage minimal (couple avec chien, puis chat), nous nous essayons à quelques virées qui correspondront plus à ce que nous vivrons dès l’année prochaine.  À titre d’exemple, nous partons en direction de Roscoff et l’île de Batz, via l’Aber Wrac’h. Si cette région est très connue pour certains, pour nous, c’est une découverte. À nous la petite anxiété lors du passage du chenal entre Batz et Roscoff, la surprise de voir, suivant ou l’on compte poser à marée basse, que l’on est en fait sur un fond parsemé de cailloux! À nous les joies de la navigation vent de face contre courants, la petite bruine bien mouillasse qui casse la visibilité, sans parler du brouillard que seuls les Bretons savent fabriquer avec une densité pareille (il parait que les Anglais et les Nordiques en général, sont également très forts en cette matière). Mais Sorc’Henn en a vu d’autres. Il navigue droit et sans ralentir. De plus, sur l’itinéraire Camaret-Roscof, nous aurons une météo méditerranéenne qui nous obligera à parcourir l’essentiel au moteur et sous un ciel de plomb! Puis, il y a le reste. Ces couchers de soleil qu’on a déjà photographiés des dizaines de fois (mais celui-ci, il n’est pas tout à fait pareil), les rencontres et la gentillesse des gens en général. Les produits de la terre et de la mer qui, ici, sont tout simplement exceptionnels. Avec ces multiples expériences, nous commençons à bien avoir le bateau en main. Il est devenu nôtre et surtout, nous avons confirmation qu’il peut naviguer loin et prendre des coups! 

La vie en équipage a quelques avantages. 

Ici: couscous de homard! 

Merci le neveu! 

La vie en équipage 

  

Pour cette première saison, nous voulions teste le voiler en étant trois ou quatre 

en croisière, voire six en navigation à la journée. Nous inviterons donc des amis et des membres de la famille. Dans ce type de situation, on est loin de l’expédition en équipage avec skipper. Pas vraiment d’ordres à donner aux équipiers sauf, bien sûr, les indispensables consignes de sécurité à respecter genre: personne sans brassière lorsqu’on navigue et qu’on est sur le pont. Mais aussi quelques points de détails comme: ne pas jouer avec le bouton rouge «distress» de la VHF par exemple (en fait, ça, personne n’a encore essayé)! Par contre, à bord, tout équipier apprend à bien se servir des w.c.. Les skippers confirmés comprendront certainement pourquoi. Pour les autres, désolé, mais je ne ferai pas de dessin! 

 

Le problème que nous voulions traiter en équipage, c’est surtout celui de voir si chacun aurait suffisamment de place et de confort pour se sentir à l’aise. Il est en effet indispensable que chaque invité puisse trouver ses marques et ne pas se demander pendant trois heures où il va bien pouvoir caser sa brosse à dent! Comme suite à ces différentes expériences, nous corrigerons quelques points d’aménagement pour optimiser le bien-être de chacun. 

Un bateau peut aussi correspondre à son rêve! 

Un bateau, combien ça coûte? 

  

En me promenant sur les pontons, je fais comme tous les navigateurs: je regarde les autres bateaux. Pas de doute, il y en a passablement à vendre et pas toujours en bon état. Je m’imagine leur histoire, ou plutôt celle de leur propriétaire... 

Cela commence par un rêve, celui de flirter avec les vastes horizons. 

Puis les premières factures arrive: entretien moteur, révision survie, taxes et assurances... 

La météo n’est jamais celle prévue, il fait froid et humide, la famille se lasse. 

L’accumulation des frais finit par assassiner le rêve qui, parfois,  vire au cauchemar. Le bateau est mis en vente et s’abîme, faute d’entretien, de moyens et de client aux abonnés absents. 

  

J’ai personnellement la hantise des problèmes financiers et ai fait mien ce précepte: «le seul bon bateau est celui que l’on peut s’offrir». Mais alors, un Sorc’Henn, ça coûte combien? Réponse: le prix d’un 9 mètre bien entretenu, sans angoisser lorsque le chantier sort le devis total des travaux à effectuer (pour ceux qui aiment les chiffres, se référer à la rubrique technique)! 

On n'a pas triché, c'était bien un voisin de ponton! 

Tout va bien à bord, merci! 

La vie au ponton  

  

Comme il y a pas mal de travaux d’emménagements à effectuer à bord et que la météo de juin est plutôt mauvaise, nous passerons beaucoup de temps au ponton. À Camaret, ce n‘est pas une punition. Ce port est magnifique et connait beaucoup de passage. Les marins qui s’y arrêtent sont tous très expérimentés. Il est vrai que, coincé entre la pointe du Raz et le chenal du Four, deux passes bien connues pour leur difficulté, le port est bien protégé des navigateurs du dimanche frimant en bateau de location. Bien sûr, il y a bien les visiteurs de Brest qui viennent tirer quelques bords et s’enivrer du climat des bars sur les quais, mais quand on est de Brest, on est marin par hérédité. 

 

Notre pavillon suisse attire les curiosités, notamment celle des douaniers qui, heureusement, sont très sympas. On parlera plus de l’été pourri qui s’annonce que de formalités administratives, celles-ci étant rapidement liquidées. Notre chien et comme à l’accoutumée la star des pontons et est particulièrement apprécié par la communauté britannique. Il est vrai que c’est un cocker... anglais. Je remarque une nette différence entre les équipages français et britanniques: les premiers sont particulièrement précis et silencieux à la manoeuvre, les seconds plutôt bruyants et (parfois)...bordéliques! Mais dans les deux cas, les bateaux s’amarrent droit et sans erreur. Chacun son style et en définitive, c’est le résultat qui compte. A noter: en ce qui concerne la cave à bord et l’aptitude à lever le coude ainsi que la gentillesse et l’hospitalité, je n’ai pas encore pu départager les deux nationalités. 

Un bateau parfait, ça n'existe pas! 

Un bateau «prêt à naviguer», ça n’existe que dans les rêves les plus fous 

  

On a beau tout prévoir, la première sortie est toujours folklorique. Sur «Sorc’Henn», cela commencera par le génois qui se bloque et la grand-voile dure à hisser; la cause pour cette double avarie est un «messager» (petit filin servant à installer les drisses lors du gréement d’un voilier) qui, pour des raisons inconnues, s’est entortillé au sommet du mât. 

C’est là que nous nous apercevons que la girouette s’est envolée vers des cieux meilleurs lors d’une récente tempête. Le loch, lui, fait grève; c’est courant sur tous les bateaux, il va juste falloir décrasser sa petite hélice. Le pilote automatique décide de viser un tas de cailloux; une petite tape ferme sur son compas le remet dans le droit chemin. Dans la cale, ça prend l’eau; le presse-étoupe neuf et juste installé n’est pas encore bien réglé. Rien que des avaries bénignes lors d’un premier essai, mais qui pourraient devenir extrêmement dangereuses en croisière par mauvais temps. Quelques jours plus tard et grâce aux interventions d’un gréeur et d’un mécanicien, tout rentrera dans l’ordre. 

Sorc'Henn à l'eau! 

Sorc'Henn en l'air... 

La première semaine à Camaret se passe dans un petit appartement, loué pour être transformé en fabrique de coussins et accessoires divers. Nous changeons en effet toute la sellerie du bord. À l’approche du weekend, notre «chez-nous» est gruté à l’eau par une superbe journée ensoleillée. Le moteur démarre au quart de tour. «Sorc’Henn» parcourt ses premières longueurs sous pavillon helvétique et va se positionner calmement sur son ponton visiteur. Cette navigation de 500 mètres est le résultat de deux ans de cogitation et d’efforts. Nous avons atteint notre but et commençons réellement notre nouvelle vie.

Changement de résidence principale 

  

Nous décidons de vivre une expérience de quatre mois à bord, avec deux brefs retours pour mon épouse et un pour moi en Suisse, liés à nos activités professionnelles. 

Notre appartement a été mis en location et vidé en partie, ce qui fait que notre résidence principale devient notre bateau. Pour nous permettre de travailler à bord, j’embarque un ordinateur avec connexion 3G efficace. Cet appareil ne servira en aucun cas à la navigation et est rangé dans une poche étanche quand nous nous connectons sur «mer». 

La sellerie, "avant" et "après"